P2P Voix/SMS : un modèle épuisé, une pertinence en chute  

Au cours des cinq dernières années, l’usage des SMS et du vocal P2P (person-to-person) au Cameroun a fortement chuté, au profit de WhatsApp, Telegram et Signal. Les opérateurs locaux, peu réactifs, voient leur marché voix/SMS s’effondrer, alors que l’A2P via CPaaS (Communication Platform as a Service) progresse hors du continent. Cette transition numérique reste cependant lente, freinée par des contraintes réglementaires et infrastructurelles, exposant entreprises et administrations à des risques majeurs d'usurpation d'identité. Ce déclin du P2P, constaté partout en Afrique, résulte de l’essor des messageries instantanées, de la disparition du téléphone fixe et du manque d’innovation des opérateurs.

 

Évolution des usages P2P Voix/SMS au Cameroun (2018-2023)

Ce déclin ne surprend personne, mais rien ne bouge pour autant. Pourtant, partout ailleurs, l’A2P devient la norme.

L’A2P : moteur caché des communications modernes

L’A2P, c’est la possibilité pour une application ou une entreprise de dialoguer automatiquement et directement avec vous, via SMS, voix ou messagerie. Un code de vérification reçu par SMS, une notification bancaire, un rappel de rendez-vous médical… partout dans le monde, la continuité numérique passe par ces conversations sécurisées.

Innovation des services de télécommunications

 

L’écart se creuse. Ces sociétés proposent des plateformes tout-en-un pour sécuriser, automatiser, tracer, collecter la donnée. Les entreprises qui les adoptent gagnent un temps fou, réduisent leurs coûts, limitent les intrusions. Qu'avons-nous au Cameroun ? Rien ou presque.

Le Cameroun à la traîne dans un contexte africain défavorable

Les obstacles identifiés qui paralysent notre marché :

  • Régulation dépassée : Aucun cadre juridique sur la téléphonie A2P ou la portabilité des numéros virtuels.
  • Opérateurs absents : Privilégient leurs revenus historiques, refusent d’ouvrir la téléphonie professionnelle moderne.
  • Manque de plateformes locales : Lignes fixes disparues, impossibilité d’avoir des numéros professionnels unifiés ou multi-canaux.

Résultat : pour s’équiper, les entreprises multiplient les cartes SIM ou envoient des SMS anonymes, au mieux tagués d’un nom d’expéditeur non vérifié. Une faille béante pour la cybercriminalité.

Quelles conséquences pour votre organisation ?

À laisser traîner, le Cameroun offre sur un plateau ses entreprises et ses citoyens aux escrocs. En l'absence de numéros unifiés et vérifiables sur tous les canaux (Voix, SMS, USSD, WhatsApp) votre organisation s'expose aux risques d'usurpation d'identité. Cette situation accroît la cybercriminalité et fragilise la confiance numérique :

  • Les fraudes par SMS, voix, usurpation deviennent le quotidien.
  • Les entreprises ne peuvent pas tracer efficacement leurs communications.
  • Les consommateurs finissent par ne plus rien croire, ni acheter.

Attention : il n’existe à ce jour aucune solution nationale robuste pour authentifier et sécuriser vos échanges transactionnels.

Des alternatives ? Peu, mais elles existent

Seul un acteur tente de secouer le cocotier : GTS Africa. Objectif affiché : proposer une téléphonie cloud, des numéros virtuels vérifiables, et tisser des partenariats internationaux adaptés à notre réalité. La piste GTS Africa, en proposant une connexion multi-canaux (SMS, Voix, WhatsApp, USSD), montre une volonté d’avancer, mais leur poids reste limité sans un cadre légal clair et la complicité des opérateurs majeurs.

Pour sortir du statu quo :

  • Imposer une régulation permettant l’interconnexion A2P.
  • Ouvrir les réseaux aux opérateurs virtuels nationaux.
  • Moderniser au plus vite les offres télécom d’entreprise.

Tableau : P2P contre A2P – Situation actuelle au Cameroun

Usage   Technologie dominante Sécurisé ? Disponibilité Modernité
SMS/Appels P2P Réseau classique Non Élevée Faible
SMS/Voix/Chat A2P Plateforme absente Non Nulle Nulle

Réaction attendue des régulateurs et opérateurs

Le régulateur camerounais fait profil bas. Les opérateurs historiques campent sur leurs avantages – l’innovation ne doit pas entamer leurs rentes. À court terme, tout le monde y perd, l’écosystème d’affaires, la sécurité numérique, mêmes l’État.

Que doit faire chaque acteur ?

  • Régulateur : Mettre en place d’urgence un vrai cadre sur l’A2P, la portabilité, la vérification d’identités télécom.
  • Opérateurs : Faciliter l’arrivée d’opérateurs virtuels, diversifier les offres pro locales comme GTS Africa.
  • Entreprises et administrations : Exiger de vrais services, arrêter d’accepter la médiocrité sous prétexte de “manque de choix” et Sensibilisez vos équipes aux risques d'usurpation d'identité.

Le retard du Cameroun en matière de téléphonie A2P n’a rien d’anodin. Il expose votre activité à des pertes financières, saborde la crédibilité du secteur numérique et donne le champ libre à la cybercriminalité. Certains, comme GTS Africa, ouvrent des pistes, mais la solution viendra d’un engagement ferme du régulateur et des opérateurs. Le statu quo n’a plus aucun sens à l’heure de l’hyper-connectivité.

Questionnez vos fournisseurs, exigez des solutions. Sans un électrochoc, le Cameroun risque de rester le parent pauvre de la communication digitale en Afrique.

Article basé sur les analyses récentes de Pierre-François Kamanou (GTS Africa). Source consultable ici.