Trente-cinq conteneurs de 40 pieds, acheminés depuis le port autonome de Kribi, ont achevé leur route le vendredi 18 septembre 2026 à Zamengoé, sous le regard de la directrice générale de Camtel, Judith Yah Sunday épouse Achidi, et des responsables de Huawei. Ils portent la deuxième vague d'équipements du projet MNE, qui prévoit 245 nouveaux sites mobiles, la décongestion de 122 autres et le renforcement des boucles métropolitaines. Il faudra les poser, les raccorder, les mesurer, les alimenter. Le chantier remet en lumière un métier que l'orientation scolaire regarde peu, le technicien fibre optique, et oblige à mesurer ce que vaut vraiment cette filière.
Le métier dépasse le tirage de câble. Sur la dorsale, il couvre la pose, l'épissure par fusion et la mesure au réflectomètre. Chez l'abonné, il passe par le raccordement FTTH et la recette. Sur le réseau mobile, il touche au backhaul, à la radio et à l'énergie des sites. La maintenance entretient la demande : entre 2017 et 2019, 40 % des pannes de fibre étaient dues aux travaux publics et 38 % au vandalisme, selon le MINPOSTEL. Camtel exploite près de 13 000 km de fibre, et la phase IV de la dorsale repose sur un prêt d'environ 108,3 milliards de FCFA, autorisé par décret le 6 mars 2026. Le rapport ART 2024 décrypté par ECONUMA replace ces montants dans la concurrence entre opérateurs.
L'argent investi ne se retrouve pourtant pas tel quel dans l'emploi des réseaux télécoms. Selon l'Autorité de régulation des télécommunications, les investissements du secteur ont bondi de 35,49 % en 2024, à 194,49 milliards de FCFA, quand les emplois directs n'ont gagné que 2,74 %, à 6 194 postes. Aucune statistique publique ne compare les embauches de techniciens fibre et de développeurs web : l'idée d'une filière qui embauche davantage reste non démontrée. Un indice plaide toutefois pour elle. Fin 2025, le programme de jeunes techniciens de Camtel a retenu 127 candidats sur 270, quand 75 postes de l'opérateur, ingénieurs et développeurs compris, avaient attiré 5 000 dossiers en février 2025. Les cinq familles de métiers numériques qui recrutent en 2026 rangeaient déjà les réseaux parmi les portes ouvertes aux débutants.

L'accès commence plus bas qu'il n'y paraît. Pour son stage de technicien FTTH ouvert en janvier 2026 à Yaoundé et à Douala, Camtel exigeait au minimum un diplôme d'agent technique en télécoms, réseaux, génie électrique ou informatique, une bonne condition physique et un rapport quotidien d'interventions, contre une indemnité mensuelle et un CDD possible après six mois pour les plus performants. Les 127 recrues de novembre 2025 ont suivi deux semaines de formation, fusions optiques, confection de manchons, essais et mesures, puis un stage de six mois renouvelable.
Hors de l'opérateur, la formation technique courte se paie. IFC GMS Consulting affiche 325 000 ou 375 000 FCFA pour huit mois de cours et deux de stage, et CIS Formation prépare en un an un DQP agréé par le MINEFOP. La certification CFOT, que Camtel a fait passer à 130 techniciens pour réduire sa dépendance à l'expertise étrangère, se prépare à Douala chez Prime Training, tarif sur demande. Le premier contrat durable se mérite : Teleinfra exige un Bac+2 et deux ans d'expérience, Servitel un Bac+3 et deux à trois ans de terrain pour trois CDI. La voie réaliste passe donc par le stage, puis le chantier, puis la spécialisation.
La rémunération reste la zone d'ombre. Ni Camtel, ni les opérateurs, ni les sous-traitants ne publient de grille, et Netis Group affiche ses postes fibre « à négocier ». Le salaire du technicien fibre optique de terrain est non indiqué dans la source. Seul repère public voisin, le technicien de maintenance réseaux informatiques perçoit 246 000 FCFA en moyenne, d'après des données Glassdoor de 2024 reprises par PIDERC, sans échantillon précisé ; le SMIG du secteur privé non agricole est de 60 000 FCFA. Le terrain se décrit sans fard : travaux en hauteur, risques électriques, déplacements de Douala vers Garoua ou Ngaoundéré, objectifs fixés par Camtel, installation FTTH en trois jours, incident réglé sous 24 heures, 95 % de clients satisfaits. Choisir le bon canal pour décrocher un premier stage reste la première marche.
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Le désamour tient moins aux débouchés qu'au récit. Le développement web promet le télétravail et le portfolio en ligne ; la fibre ne publie ni ses prix, ni ses salaires, ni ses trajectoires, et elle travaille dehors, en tranchée. En 2016, l'enseignement technique ne réunissait que 23,9 % des élèves du secondaire, selon l'OIT. Le code a le récit sans le chantier, la fibre a le chantier sans le récit. Pour qui veut éviter la voie de garage, le risque se loge ailleurs : dans une formation sans soudeuse ni réflectomètre, ou un chantier sans contrat écrit. Prochaine échéance à guetter, le calendrier de pose des 245 sites MNE, que les annonces des 18 et 19 septembre ne précisent pas.
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