À l'hôtel Elite de Mbankomo, aux portes de Yaoundé, soixante et onze communes de la région du Centre ont envoyé leurs responsables informatiques suivre une formation. Trois jours, du 7 au 9 mai 2025. Le thème retenu, le développement local à l'ère de la transformation digitale, résume l'ambition affichée par l'Agence nationale des technologies de l'information et de la communication pour la transformation digitale des communes camerounaises. Mais un chiffre a pesé plus lourd que le programme. Dix-huit d'entre elles seulement possèdent un site web, quarante-deux disposent au moins d'une page Facebook, vingt-neuf n'ont aucune présence numérique officielle. Une gouvernance locale sans vitrine en ligne parle à un pays déjà connecté.

Digital Business Africa a suivi l'atelier de façon indépendante et confirme les mêmes proportions : un quart à peine des communes du Centre dotées d'un site web, la majorité réduite à une existence administrative sans écho numérique. Ce séminaire est le sixième d'une série lancée par l'ANTIC, structurée autour de six thématiques précises : l'élaboration de schémas directeurs informatiques, la sécurisation des systèmes d'information, la numérisation des registres d'état civil, le financement des projets TIC, la conduite du changement, le cycle de gestion de projets numériques. Chaque commune formée repart avec une feuille de route technique à mettre en œuvre. Le retard numérique structurel du pays reste documenté de longue date, un chantier que l'ANTIC ne prétend pas résoudre seule en trois jours.

Mbankomo n'est que la dernière étape d'un chantier national. À ce jour, l'agence a formé le personnel informatique de 159 communes sur les 360 que compte le Cameroun. Le taux de couverture atteint 44 %. Un mois plus tôt, les 22 et 23 avril 2025, le ministère de la Décentralisation et du Développement Local réunissait à Yaoundé les collectivités territoriales décentralisées autour d'une stratégie nationale de la décentralisation, en présence du ministre Georges Elanga Obam et du président des Communes et villes unies du Cameroun, Augustin Tamba.

L'ANTIC ne conduit pas cet effort seule. Le Fonds spécial d'équipement et d'intervention intercommunale finance les infrastructures, le Bureau national de l'état civil encadre la numérisation des registres, l'Agence de régulation des marchés publics sécurise les procédures d'achat, le Programme national de développement participatif appuie le montage des projets locaux. Cette même architecture partenariale soutenait déjà l'atelier d'avril à Yaoundé, preuve que la décentralisation numérique du pays se construit sur des fondations partagées d'une région à l'autre. Elle conditionne la suite. La formation aux compétences numériques reste le maillon le plus fragile de la chaîne.

Pour une petite entreprise du Centre ou un habitant de Mbankomo, la promesse tient en peu de mots : moins de déplacements, plus de transparence. Une démarche d'état civil traitée en ligne, un budget communal consultable sans détour par un guichet, un canal direct avec l'élu local, voilà ce que la numérisation des registres et des services est censée produire. Mais aucune source consultée ne précise combien, parmi les dix-huit communes déjà dotées d'un site web, proposent une démarche réellement dématérialisée plutôt qu'une simple vitrine institutionnelle. Le lien entre formation des agents et service rendu à l'usager reste non indiqué dans la source. C'est pourtant ce lien que la gouvernance numérique doit prouver pour ne pas rester un exercice de communication. La numérisation de données sensibles d'état civil appelle une vigilance égale à celle que la cybersécurité camerounaise peine encore à garantir.

Six éditions plus tard, l'ANTIC a construit une routine de formation que la région du Centre vient d'éprouver à son tour. Ce que le tableau de Mbankomo ne dit pas encore, c'est le rythme auquel les communes formées transformeront ce savoir en service concret. La date d'un premier bilan public, mesurant l'écart entre compétences acquises et présence numérique réelle, reste elle aussi non indiquée dans la source. La décentralisation camerounaise s'écrit désormais autant en lignes de code qu'en actes administratifs. Reste à savoir combien, parmi les vingt-neuf communes du Centre encore privées de toute présence numérique, franchiront le pas avant la prochaine tournée de formation de l'agence.