À Douala, un bachelier C qui confie son orientation à une intelligence artificielle ce 23 septembre 2026 dispose encore de huit jours pour déposer son dossier au concours d'ingénieur en alternance de l'ENSPD. Le détail vaut une année d'études. Depuis le 17 septembre, Google ouvre progressivement ses carnets d'études Gemini aux élèves de tous âges munis d'un compte scolaire, et offre un an de Google AI Plus aux étudiants camerounais éligibles qui l'activent avant le 31 décembre. L'IA conseiller d'orientation entre donc dans les familles par la grande porte. ECONUMA a soumis le même jour trois cas réels à ChatGPT, Gemini et Claude, avec la même consigne mot pour mot : filière, budget, ville. Neuf réponses, un seul protocole.
La méthode tient en une grille simple. Chaque réponse a été découpée en affirmations vérifiables, nom d'école, concours, date, frais, condition d'âge, puis confrontée aux décisions du MINESUP, aux sites des facultés et aux annonces publiées. Chaque affirmation se classe vérifiée, partiellement vraie, fausse, invérifiable ou omise. Le verdict ne récompense pas l'aplomb. Il récompense l'exactitude, et l'aveu d'ignorance.
Premier cas, Alain Lotin, bachelier C à Douala, budget plafonné à 300 000 FCFA par an. Les trois assistants orientent d'abord vers le public. Tout se joue ensuite sur le calendrier. ChatGPT, utilisé sans compte, reste prudent et renvoie aux arrêtés, sans livrer une seule date ni un seul montant. Gemini déclare la session 2026 des grandes écoles publiques close. C'est inexact. Claude signale deux concours encore ouverts, l'ENSPD en alternance le 4 octobre et l'IUT de Douala le 7 octobre, dates confirmées par les annonces relayées par Campus Univers et Kamerpower. Il omet pourtant la limite d'âge de 29 ans fixée par l'ENSPD. Aucune réponse n'additionne le coût complet d'une année, logement compris, que l'enquête d'ECONUMA sur le vrai coût des études supérieures par filière situe entre 700 000 et 1 500 000 FCFA pour une licence publique.
Chaque jeudi, ECONUMA teste les applications qui comptent pour le numérique camerounais. Le #JeudiApp de la semaine prochaine circule d'abord sur ECONUMA GO DIGITAL. Suivre le fil.
Deuxième cas, la santé, terrain le plus risqué. Pour Bernadette Tialeu, bachelière D à Bafoussam, Gemini dresse le tableau le plus assuré du test, sans aucune source affichée, et crée une « FMSB Dschang » et une « FMSB Douala ». Les deux facultés s'appellent FMSP. Ce sigle-là appartient à la faculté de médecine de l'Université de Yaoundé I. Sur l'âge maximal du concours MINSANTE, Gemini annonce 35 ans, Claude 30 ans. Chaque chiffre correspond à un site d'annonces différent : Cameroon Desk écrit 18 à 35 ans, Kamerpower 18 à 30 ans. Seul le communiqué officiel tranche. Un âge mal lu, c'est un dossier rejeté et une rentrée perdue. ChatGPT esquive encore, sans école privée ni condition d'âge chiffrée. Cette machine qui ignore ce qu'elle ignore, l'analyse d'ECONUMA sur les algorithmes globaux face aux réalités locales en décrivait déjà la cause : des modèles nourris de données lointaines, pauvres en données camerounaises.

Troisième cas, Claude Messi, étudiant en lettres modernes à Yaoundé I, simple homonyme de l'assistant, qui veut rejoindre le marketing digital avec 100 000 FCFA. Les trois outils convergent vers les formations gratuites en ligne de Google, HubSpot ou Meta. Gemini et Claude sont les seuls à réserver environ 40 000 FCFA au forfait internet, un montant plausible mais non sourcé. Tous répondent en français courant, l'assistant de Google basculant toutefois au vouvoiement quand la consigne tutoie. Aucun ne fonctionne hors connexion. La consommation de données d'une conversation n'a pas été mesurée : non indiqué dans la source. Gemini avance aussi des salaires de 75 000 à 150 000 FCFA mensuels à Yaoundé, sans la moindre référence. Pour confronter ces promesses au marché, les cinq familles de métiers numériques qui recrutent au Cameroun en 2026 donnent des fourchettes datées et vérifiables.

Utiles, donc, mais jamais seuls. Le bon usage tient en une règle : l'IA rédige le brouillon, l'arrêté signe la décision. Exiger de l'assistant ses sources, l'autoriser à écrire « non vérifié », puis confronter chaque date à minesup.gov.cm ou concours.minsante.cm.

Ce test garde trois limites : un seul essai par profil, ChatGPT sans compte face à Gemini et Claude en abonnement payant, et une collecte assistée par Claude, l'un des outils évalués, dont la notation reste soumise à la rédaction. Prochain point de veille, le calendrier du concours FASA-IPES, ouvert par décision du 8 septembre. Reste une question pour chaque famille : qui paie l'erreur quand la machine se trompe de faculté ?
