Le Ministère de l'Enseignement supérieur a enchaîné, cette semaine, deux décisions d'admission pour la rentrée 2026-2027 : le 27 août pour l'École nationale supérieure polytechnique de Douala, puis le 3 septembre pour le CRESA, l'ENSPM et un institut privé. Sous ces listes de candidats admis se joue une réalité financière concrète pour les foyers camerounais. À l'Université de Yaoundé I, l'inscription académique en licence s'élève désormais à 50 000 FCFA, tandis que le MINESUP a fait passer les droits de master de 16 500 à 51 500 FCFA dès 2025-2026, une grille toujours appliquée cette rentrée. Ce montant n'est cependant que la face émergée d'une dépense beaucoup plus lourde.

L'erreur la plus courante au Cameroun consiste à confondre le coût d'une année d'études avec le seul montant des droits universitaires. Dans le public, ces droits restent modérés : 50 000 FCFA en licence, environ 76 500 FCFA en master. Faute de cités universitaires en nombre suffisant, le logement étudiant coûte 25 000 à 70 000 FCFA mensuels dans le parc privé, soit 300 000 à 840 000 FCFA sur l'année. En y ajoutant la vie courante (150 000 à 250 000 FCFA par mois hors loyer), la connexion internet (120 000 à 300 000 FCFA annuels) et le matériel pédagogique (150 000 à 400 000 FCFA), le coût complet d'une licence publique atteint 700 000 à 1 500 000 FCFA par an, jusqu'à 1 600 000 FCFA en master. Autrement dit, le logement et la subsistance coûtent dix à vingt fois plus cher que l'inscription elle-même.

Cette numérisation des paiements universitaires, entièrement traçable, qu'ECONUMA avait déjà décrite à propos du matricule unique, de SchoolMap et de la carte scolaire digitale, ne modifie en rien cette structure de dépenses : elle assure la traçabilité fiscale des sommes versées, non leur réduction pour les familles.

Portées par la saturation des amphithéâtres publics, les Instituts privés d'enseignement supérieur (IPES) monnaient une promesse d'employabilité, à un prix qui va du simple au sextuple selon la filière. Une licence en gestion ou en droit revient à 200 000 à 500 000 FCFA de scolarité, pour un coût complet de 900 000 à 1 800 000 FCFA. En ingénierie, les frais montent à 800 000 à 1 500 000 FCFA, portant le coût complet à 1 500 000 à 2 800 000 FCFA. La santé occupe le sommet de la pyramide, avec 1 300 000 à 2 500 000 FCFA de scolarité et un coût complet de 2 000 000 à 3 500 000 FCFA. Les établissements premium creusent l'écart : l'UCAC facture 1 139 190 FCFA de scolarité, plus 239 190 FCFA de frais non remboursables ; le PKFokam Institute facture 2 500 000 FCFA l'année d'ingénieur.

Cette même logique, celle du prix fixé par la promesse d'insertion professionnelle, ECONUMA l'avait déjà chiffrée à propos du budget complet d'une rentrée camerounaise, où le seul équipement numérique pèse lourd avant même l'entrée à l'université.

Chaque vendredi, ECONUMA décrypte l'économie numérique camerounaise. Le #VendrediEco de la semaine prochaine circule d'abord sur ECONUMA GO DIGITAL. Suivre le fil.

Sur le papier, ce fardeau se rembourse vite une fois rapporté au salaire d'entrée : une licence publique en droit, coûtant 1 000 000 FCFA par an, se rembourse en 0,4 an si son titulaire obtient un poste administratif à 200 000 FCFA mensuels ; un cycle d'ingénieur en IPES, à 2 200 000 FCFA annuels, se rembourse en 1,5 à 2,5 ans grâce à des salaires d'entrée de 300 000 à 700 000 FCFA. Ce calcul brut occulte le point de blocage camerounais. D'après l'Institut national de la statistique, le chômage des diplômés du supérieur âgés de 25 à 35 ans grimpe à 14,8 %, contre 3 % chez les jeunes non scolarisés, et le sous-emploi frappe 70,6 % des actifs. Un retour sur investissement calculé à 0,4 an peut se transformer en plusieurs années d'attente, surtout pour les filières générales sans débouché direct vers un secteur employeur structuré.

Aux familles qui doivent arbitrer entre filières avant de régler des frais de scolarité, ECONUMA GO DIGITAL continue, semaine après semaine, de signaler les secteurs numériques camerounais où l'insertion professionnelle reste la plus rapide.

Le retour sur investissement de l'enseignement supérieur camerounais ne se résume donc plus à confronter frais de scolarité et salaire d'entrée. Trois monnaies distinctes entrent désormais en jeu : l'argent immobilisé pendant la formation, le temps perdu en cas de chômage frictionnel, et le risque de sous-emploi susceptible d'effacer toute la prime salariale du diplôme. La donnée à surveiller dans les semaines qui viennent sera la republication, par le MINESUP, de la grille tarifaire 2026-2027 : elle déterminera l'ampleur réelle de l'effort financier demandé à la prochaine cohorte d'étudiants, et son écart avec les grilles de salaires d'entrée que les employeurs camerounais afficheront à la sortie de cette même rentrée.