Face à l'Atlantique qui bat le quartier d'Akwa de ses vagues puissantes, l'atmosphère est studieuse. Derrière les baies vitrées de l'Elite Offices, le tout-Douala de la finance numérique s'est assemblé du 10 au 12 novembre. Costumes anthracite, gandoura orange vif et pagnes géométriques écoutent d'une même oreille attentive. The Change Engine, l'atelier de trois jours orchestré par l'Agence Nationale des Technologies de l'Information et de la Communication (ANTIC), est lancé. L'enjeu : fortifier un secteur dont les transactions devraient excéder 2 607 milliards de francs CFA d'ici la fin 2025.
Une croissance à deux visages
Cette convocation n'est pas un luxe, mais une nécessité. De récents audits menés par l'ANTIC ont projeté une lumière crue sur les infrastructures Fintech du pays, révélant d'importantes vulnérabilités. Une croissance fulgurante, mais une confiance fragile. Ce boom économique, alimenté par la démocratisation de l'argent mobile, du crédit numérique et des transferts transfrontaliers, dissimule un talon d'Achille. Sans une sécurité robuste, la confiance des clients, socle de cet écosystème, menace de s'éroder aussi vite qu'elle s'est construite.
Pour parer à ce risque systémique, l'atelier a articulé sa réflexion autour de quatre piliers : le cadre réglementaire, les technologies émergentes, les applications pratiques de l'intelligence artificielle et, surtout, les mécanismes de sécurité concrets. Une offensive en règle pour que la promesse d'inclusion financière ne devienne pas un mirage numérique.
L'union ou la faille
Ouvrant les sessions de travail, le Professeur Ebot Ebot Enaw, Directeur Général de l'ANTIC, a posé le diagnostic avec une clarté sans appel. « Un écosystème Fintech résilient nécessite bien plus que la technologie », a-t-il affirmé. « La collaboration entre les agences gouvernementales, les régulateurs financiers, les opérateurs de télécommunications, les banques, les start-ups Fintech et les institutions universitaires est essentielle pour créer un environnement sûr et innovant favorisant l’interopérabilité et le partage des connaissances. »
Le message est sans détour : aucun acteur ne bâtira seul un écosystème résilient. De la table des régulateurs aux bureaux des startups, chaque protagoniste réuni dans cette salle témoigne d'une conscience commune. L'équation est simple : innover exige de sécuriser ; sécuriser permet de durer.
The Change Engine a fonctionné comme une forge. L'ambition affichée est de transformer Douala en un laboratoire de la cybersécurité Fintech pour l'Afrique centrale. L'atelier a posé le diagnostic et esquissé les remèdes. Reste à administrer le traitement de fond, pour que les artères numériques de l'économie camerounaise soient aussi solides que le dynamisme de ses entrepreneurs.
