Le 30 décembre 2026, l'Union européenne fermera ses portes au cacao sans origine prouvée. Le règlement 2023/1115 sur la déforestation, dit RDUE ou EUDR, interdit d'y vendre ou d'en exporter sept matières premières : bovins, cacao, café, palmier à huile, caoutchouc, soja et bois. Une seule voie d'accès subsiste : des terres non déboisées après le 31 décembre 2020, une production conforme au droit du pays d'origine et une déclaration de diligence raisonnée. Deux reports, adoptés en 2024 puis en 2025, ont déjà décalé l'échéance. Un troisième semble improbable. Le 5 octobre, dans FoodNavigator, l'avocat Bill Cordingley, du cabinet Browne Jacobson, jugeait une application à la date prévue plus probable qu'un nouveau délai.
Au Cameroun, l'enjeu se lit dans un prix. Le 9 octobre, l'Office national du cacao et du café (ONCC) affichait à Douala une fourchette d'achat des exportateurs de 2 700 à 2 800 FCFA le kilogramme. Ce cours dépend d'un débouché dominant : selon des chiffres de l'ONCC repris par Investir au Cameroun, l'Europe a absorbé 84,62 % des 125 469 tonnes de fèves exportées en 2025-2026. Le RDUE pèse donc sur le revenu de toute la filière.
Le RDUE se traduit en exigences techniques précises. Chaque parcelle doit être géolocalisée, par un point GPS ou, au-delà de quatre hectares, par un polygone qui en trace les limites. La déclaration rejoint ensuite le système d'information de la Commission, par saisie en ligne, import GeoJSON ou interface automatisée en SOAP. Le chantier a un coût : en avril 2024, l'Institut européen de la forêt (EFI) rapportait une estimation du Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC) chiffrant à environ 10 millions d'euros l'identification et la géolocalisation de 500 000 parcelles. En juillet 2025, le même institut citait 15 millions d'euros, sans préciser le périmètre, ce qui interdit de conclure à une hausse. Ces relevés réclament des compétences rares, celles du géomaticien, métier détaillé dans la série d'ECONUMA sur l'agritech.

Ce que le RDUE impose au cacao camerounais, en neuf chiffres sourcés.
Reste à savoir qui tient ces données. Depuis août 2024, six grands exportateurs partagent leurs relevés sur GeoShare. Cette plateforme est supervisée par le CICC, qui en fait un service payant au tarif non public. En avril 2025, le CICC revendiquait 150 000 parcelles géolocalisées, appartenant à 100 000 producteurs. L'ONCC a renouvelé le 10 septembre à Douala, pour trois ans, son protocole avec la société berlinoise Cooko, qui dit sceller les fèves fraîches dans des conteneurs identifiés par RFID avant leur acheminement vers Ntui. Aucun bilan chiffré n'accompagne ce renouvellement. La donnée de traçabilité devient un actif, logique déjà observée dans le modèle d'Apollo Agriculture, qui convertit l'historique agricole en score de crédit.
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La couverture reste partielle. En juillet 2025, l'EFI signalait une géolocalisation suspendue dans le Sud-Ouest, région qui fournit 30 % des volumes, et seulement cinq ou six géomètres assermentés dans le pays. La carte européenne des forêts de 2020 ajoute une difficulté, puisque ses auteurs reconnaissent que le cacao cultivé sous ombrage peut y être confondu avec de la forêt. Une alerte satellitaire appelle une vérification de terrain, jamais un verdict.
Pour une PME, le calendrier du RDUE exige une lecture fine. Les entreprises moyennes relèvent de l'échéance de décembre 2026 ; seules les micro et petites entreprises établies au 31 décembre 2024 disposent d'un délai jusqu'au 30 juin 2027. La Commission programme en octobre des sessions de formation en ligne à son système de déclaration. Côté camerounais, le planning de la semaine agritech d'octobre publié par ECONUMA rassemble les rendez-vous de la filière.
Le RDUE agit ainsi en accélérateur forcé. Il n'écrit aucune ligne de code, il impose une preuve que seul le code sait produire. Il ne finance pas les outils, il rend leur absence coûteuse. Classé à risque standard depuis mai 2025, le Cameroun expose ses acheteurs européens à des contrôles portant sur au moins 3 % des opérateurs concernés chaque année. Trois signaux méritent une veille serrée d'ici au 30 décembre : la publication du tarif de GeoShare, un éventuel raccordement de cette plateforme au système européen, la reprise des relevés dans le Sud-Ouest. Sans ces réponses, la géolocalisation restera une carte, pas encore une preuve.
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