Cette semaine, à quelques jours de la rentrée universitaire du lundi 5 octobre 2026, l'OMDES a installé ses agents sous une tente, à la rencontre des bacheliers en préinscription. Table nappée, dépliants, codes QR, kakémono aux logos de trois entreprises publiques : les photographies publiées sur sa page Facebook avec pour titre « Préinscriptions 2026 : l'OMDES vous oriente ! » montrent un observatoire sorti de ses bureaux. L'Observatoire national des métiers des diplômés de l'enseignement supérieur, créé par arrêté du Premier ministre le 27 juin 2013 et placé sous la tutelle du MINESUP, s'est surtout fait connaître cet été par une campagne de stages. Reste à savoir ce que cette structure mesure, ce qu'elle place, et à qui elle sert.

Sur le papier, la mission est celle d'un instrument de mesure : omdes.org promet une information « aussi complète, détaillée, et objective que possible » sur les flux d'étudiants, le taux d'insertion et la dynamique des métiers, et affiche quatre chantiers, du suivi des diplômés à la promotion de l'entrepreneuriat. Treize ans plus tard, la vitrine statistique reste mince. Le dernier chiffre d'activité en ligne remonte à 2019 : 537 usagers enregistrés à l'Espace Emploi, ouvert avec le Fonds national de l'emploi sur le campus de Yaoundé I. La rubrique des offres affichait zéro annonce le 2 octobre, et la mesure promise n'apparaît nulle part. Le ministère a lancé en août 2025 un appel d'offres de 60 millions de francs CFA pour une « enquête pilote » sur le devenir professionnel des diplômés, dont les résultats restent à paraître. Le besoin, lui, est documenté : le chômage monte avec le diplôme, jusqu'à 17,6 % au niveau supérieur.

L'été 2026 a déplacé le centre de gravité. Après des conventions signées le 3 juin avec CAMTEL, la CCAA et la SOPECAM, un communiqué du ministre d'État Jacques Fame Ndongo annonçait, le 22 juillet, 140 postes de stage. Les appels détaillés en décrivent 135, la CCAA n'en publiant que trois sur les huit annoncés, et CAMTEL en concentre 115, répartis dans les dix régions. Le guichet est unique, et exclusif : toute candidature adressée directement à l'entreprise est irrecevable, l'observatoire présélectionnant au moins trois dossiers par poste avant de laisser l'employeur trancher. Le calendrier a moins bien tenu que la règle : la prise de poste, fixée au 24 août, a glissé au 7 septembre chez l'opérateur, selon un communiqué de la structure. Le détail des profils figure dans l'appel décrypté par ECONUMA en juillet.

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Quant au marché du travail tech, la liste des retenus en donne enfin la mesure. Signée par la directrice générale de CAMTEL, Judith Yah Sunday Achidi, et datée du 28 août, elle porte 103 noms pour 105 postes académiques annoncés, deux places du Nord restant sans titulaire. ECONUMA l'a retranscrite ligne à ligne : 30 stagiaires relèvent des réseaux et de la cybersécurité, 4 des données, soit un tiers de l'effectif. Sept sur dix travaillent ailleurs, en gestion, en droit, en communication. Aucun intitulé de développeur. La carte recoupe la hiérarchie : les quatre postes de cybersécurité sont à Yaoundé, les cinq ingénieurs à Douala, les techniciens partout ailleurs, et les deux villes réunissent 43,7 % des places. Le bilan publié par la structure le 1er septembre ajoute un diagnostic : près de 60 % de candidatures sans mention du poste visé. Combien de candidatures reçues ? Non indiqué dans la source.

103 retenus, 10 régions, 10 familles de métiers : qui part en stage chez CAMTEL, où, et pour quel métier. La liste complète, retranscrite et analysée par ECONUMA. Télécharger le dossier data (PDF, 9 pages).

Face aux structures privées présentées ici depuis août, la comparaison éclaire les deux camps. Les hubs forment, l'observatoire oriente ; les hubs sélectionnent par cohortes de dix ou seize places, l'observatoire couvre dix régions. À Buea, Mountain Hub exige un produit livré ; à Yaoundé, le guichet public juge sur dossier. Ni les uns ni l'autre ne publient de taux d'insertion vérifié par un tiers. L'atout de l'institution reste celui que nul incubateur ne possède, l'accès aux établissements et aux fichiers des diplômés, à condition que cette matière première devienne une statistique. Une adresse Gmail pour contact officiel, des appels diffusés en scans, un secrétariat ouvert aux dépôts de 11h00 à 15h30 : le portail est numérique, le circuit reste de papier.

Pour l'étudiant ou le jeune diplômé, le mode d'emploi tient en trois gestes : créer un compte sur omdes.org, où figurent aussi un quiz d'orientation en quatre étapes et un annuaire des formations ; surveiller la rubrique Stages, puisque d'autres appels seront lancés « dans les prochains mois », écrit la structure, sans date ; déposer enfin un dossier complet, poste indiqué, au secrétariat permanent, à l'entrée principale de l'Université de Yaoundé I, ou par l'établissement d'origine. La responsable du dispositif, que les appels désignent comme « la Coordonnatrice », n'est nommée dans aucun document consulté. Un observatoire discret sur lui-même : le paradoxe mérite d'être levé. Trois points de veille d'ici à la fin de l'année : le calendrier de la deuxième vague, l'arrivée d'employeurs privés du numérique, la publication d'un premier taux d'insertion. Mesurer pour placer, placer pour mesurer : la boucle reste à fermer.