Le calendrier de l'année scolaire 2026/2027 a été arrêté le 14 août 2026 par décision conjointe du ministère de l'Éducation de base et du ministère des Enseignements secondaires. La rentrée tombe le 7 septembre. Dix-sept jours séparent donc le Cameroun d'une échéance connue au jour près, quand la connectivité des écoles du Cameroun demeure, elle, une inconnue statistique. La carte publique de l'initiative Giga, portée par l'UNICEF et l'UIT, affiche 2,2 millions d'écoles cartographiées dans le monde et 136 000 seulement qui remontent une mesure de débit en temps réel, soit 6,2 % du parc recensé. Sur les 54 pays engagés, 17 ont bouclé le cycle cartographie puis modélisation. Le Cameroun n'en fait pas partie.

Cette absence produit un effet économique mesurable : sans télémétrie établissement par établissement, aucun dossier d'investissement bancable ne se construit. La donnée qui manque le moins ne porte pourtant pas sur le débit. L'enquête PETS-III de l'Institut national de la statistique établit que 20,9 % des écoles primaires publiques disposent d'une source d'énergie. La proportion tombe à 1,2 % à l'Extrême-Nord et à zéro dans la région du Nord. Aucun routeur, aucune parabole, aucun micro-serveur ne fonctionne hors tension. L'électrification agit comme une contrainte de premier rang qui plafonne le marché adressable de toute solution de gestion scolaire. Quatre établissements publics sur cinq restent ainsi en deçà du seuil où la question du haut débit commence à se poser, verrou que le panorama des défis de la connectivité numérique camerounaise replace dans son cadre réglementaire.

La comparaison régionale déplace ensuite le diagnostic. Le pays compte environ 30 abonnements au haut débit mobile pour 100 habitants, contre 52 en moyenne africaine selon l'UIT, mais plus de 2 au haut débit fixe, contre moins de 1 sur le continent. Sous-performance sur le mobile, sur-performance sur le fixe : l'infrastructure de transport existe, la capillarité manque. L'avance gabonaise tient d'abord à la géographie, avec 91,4 % de population urbaine, ce qui raccourcit le dernier kilomètre et densifie le réseau électrique. Le Cameroun concentre à l'inverse l'essentiel du parc scolaire de la CEMAC, si bien qu'une performance intermédiaire y produit un stock d'écoles hors ligne sans équivalent régional.

Cet écart se paie au guichet de l'établissement. Une école primaire publique moyenne accueille près de 250 élèves et dispose, par les cotisations de son association de parents, de ressources discrétionnaires estimées à 1,3 million de FCFA par an. Le budget du MINEDUB, 334,3 milliards de FCFA en 2026, part pour l'essentiel en masse salariale. Face à ce plafond, une offre FTTH d'entrée de gamme coûte environ 300 000 FCFA par an, mais ne se commande qu'à Douala, Yaoundé et dans quelques capitales régionales. Hors de ces zones, l'entrée de gamme du VSAT illimité de Camtel approche 1,9 million de FCFA par an. La technologie disponible partout devient la seule strictement impayable, inversion que documente déjà le basculement vers l'architecture hybride.

 

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 À l'échelle nationale, la même facture change de nature. Connecter les 14 000 écoles publiques primaires au coût annualisé retenu par le référentiel Giga et BCG pour la 4G, 3 662 dollars par école et par an, représente de l'ordre de 30,8 milliards de FCFA. Rapporté au chiffre d'affaires du secteur des communications électroniques, 1 022,3 milliards de FCFA en 2024 selon l'observatoire de l'ART, ce montant pèse 3 %. Rapporté au budget de l'éducation de base, 9,2 %. Le Fonds spécial des télécommunications prélève précisément 3 % du chiffre d'affaires des opérateurs, soit un rendement théorique voisin de 30,7 milliards. L'instrument existe. Le calibrage existe. L'affectation manque.

Les autres guichets confirment ce défaut d'affectation plutôt qu'ils ne le corrigent. Le PATNuC, doté de 100 millions de dollars par la Banque mondiale, vise 400 localités rurales et finance de la couverture territoriale, non un raccordement scolaire. Le programme Connect My School, conduit avec l'UNICEF et la Fondation MTN, installe des e-conteneurs solaires dans une vingtaine d'établissements : un démonstrateur, pas un véhicule de passage à l'échelle. Pour un éditeur camerounais, la conséquence opérationnelle tient dans le choix d'architecture : le modèle viable synchronise en différé, encaisse par mobile money et adresse les parents par SMS, à l'image de ce que permet aujourd'hui l'automatisation de la gestion d'un établissement.

La donnée à surveiller tient en une ligne budgétaire. La stratégie nationale de service universel validée le 8 juillet 2025 érige la relance du Fonds spécial des télécommunications en premier pilier. La loi de finances 2027 dira si un fléchage scolaire explicite y apparaît. La carte Giga dira si le Cameroun rejoint le cercle des pays où la modélisation est achevée. Sans cette double bascule, la rentrée du 7 septembre reconduira l'équation des précédentes : des logiciels prêts, des écoles éclairées à 20,9 %, une facture posée à l'échelon le moins solvable. Le marché de la gestion scolaire attend moins une innovation qu'une décision d'affectation.

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