À Bilonguè, dans le troisième arrondissement de Douala, un conteneur scolaire alimenté au solaire accueille depuis mars 2025 mille deux cents élèves de 6 à 14 ans sur 126 mètres carrés. Ailleurs, la révision du soir dépend du crédit qui reste sur la puce. Chercher une application révision hors ligne relève alors du calcul budgétaire autant que du choix pédagogique. Le décor est chiffré : 43,9 % de pénétration Internet, des délestages réguliers, un baccalauréat général tombé à 42,14 % de réussite à la session 2026 contre 47,45 % un an plus tôt. Trois noms circulent dans les groupes de parents : uLesson, Khan Academy, Kolibri.

La première ligne de fracture est linguistique et curriculaire. uLesson découpe son catalogue en Primary 1 à 6, JSS 1 à 3 et SSS 1 à 3, avec plus de 18 000 quiz interactifs, mais vise les examens anglophones d'Afrique de l'Ouest : WAEC, NECO, JAMB. Khan Academy propose le français et l'anglais, une profondeur rare en mathématiques et en sciences, une progression calée sur les référentiels français et belges. Kolibri n'impose rien : la plateforme libre de Learning Equality agrège plus de 159 000 ressources, dont les modules Khan Academy encapsulés, les simulations PhET et les manuels CK-12, qu'une école ou un parent réorganise depuis Kolibri Studio.

La bibliothèque américaine livre la matière sans le cadre camerounais ; le logiciel libre livre le cadre sans la matière. Aucun programme officiel du MINEDUB ou du MINESEC ne figure par défaut dans ces trois applications, un décalage déjà documenté par ECONUMA dans son analyse des géants de l'apprentissage mobile face aux élèves francophones d'Afrique centrale.

Le deuxième critère tranche plus net. Kolibri a été pensé hors ligne d'abord : son protocole de synchronisation Morango tourne sur un poste Linux doté d'un gigaoctet de mémoire vive, sur un Raspberry Pi ou sur une tablette Android, puis diffuse la bibliothèque par clé USB ou par un Wi-Fi sans Internet. Sans forfait actif. Sans compte relié. Sans synchronisation nocturne. Après le premier chargement, le cordon avec l'opérateur se coupe.

L'arithmétique suit. Un forfait MTN d'un gigaoctet par jour coûte 10 000 FCFA par mois, soit 120 000 FCFA sur une année scolaire, quand le pass de nuit Orange de 3 gigaoctets s'affiche à 2 040 FCFA. Sur douze mois, le coût total de possession atteint environ 220 000 FCFA pour Khan Academy consommé en 4G, contre 102 000 FCFA pour un serveur domestique Kolibri, matériel compris. uLesson annonce 60 dollars pour six mois et 90 dollars pour un an, soit près de 34 100 et 51 200 FCFA au taux indicatif de 568,8 FCFA. Le deuxième enfant ne coûte rien sur le réseau local, contre 120 000 FCFA de données par apprenant supplémentaire dans le modèle connecté. Ces montants s'ajoutent au budget de rentrée, dont ECONUMA a détaillé les canaux de paiement pour la scolarité 2026-2027.

Reste le suivi, critère décisif pour le parent. Le tableau de bord de Khan Academy compte parmi les plus fins du marché, mais il affiche des statistiques périmées tant que l'appareil de l'enfant n'a pas retrouvé le réseau. uLesson pousse des rapports hebdomadaires par SMS ou par WhatsApp, ce qui suppose encore une connectivité résiduelle. Kolibri confie ce rôle à un coach, parent, répétiteur ou enseignant, qui lit les scores et le temps passé depuis le Wi-Fi du salon, données mobiles éteintes.

La preuve locale existe. Une évaluation de Bibliothèques Sans Frontières conduite auprès de 257 élèves de CM2 à Yaoundé, deux heures par semaine sur un trimestre, a mesuré 14 % de progression en mathématiques face au groupe témoin et 36 % sur les compétences créatives. En février 2026, au Palais des Congrès de Yaoundé, la Société Internationale de Linguistique a présenté Madina Djibrila, huit ans, du village de Gommama dans l'Adamaoua, qui révise ses mathématiques en fulfulde sur cette plateforme. La contrainte restante est matérielle, et elle se mutualise : salles communautaires, équipements partagés, dispositifs comme les Digital Centers de la Fondation MTN dont ECONUMA a relayé l'appel à candidatures.

Le choix se joue donc sur le profil du foyer. Un ménage périurbain sans forfait stable, une fratrie de plusieurs niveaux ou un répétiteur de quartier gagnent à installer le serveur local, à condition qu'un adulte prenne l'opération en charge. Un enfant du sous-système anglophone, dans une famille disposant d'un budget d'abonnement, tirera davantage d'uLesson. Un budget nul associé à un accès Wi-Fi ponctuel oriente vers Khan Academy, contenus téléchargés à l'avance et cahier camerounais ouvert à côté. Un cybercafé pour charger. Un dimanche pour installer. Un adulte pour suivre. Le logiciel est prêt ; reste à trouver la personne qui l'installera.