Depuis le 11 août 2026, un détenteur de Bon du Trésor Assimilable peut engager sa revente avant échéance depuis un téléphone, sans déplacement ni dossier papier. Ce jour-là, à Douala, Access Bank Cameroon Plc a lancé Access Invest, plateforme numérique qui ouvre le marché secondaire des titres publics de la CEMAC aux particuliers, aux PME et aux investisseurs institutionnels. Michael Ugochukwu Irechukwu, Directeur Général Adjoint, et Jean Petnga, Directeur de la Trésorerie, ont présenté le dispositif. Le sujet engage la trésorerie de milliers d'entreprises camerounaises. Jusqu'ici, le porteur immobilisait son argent jusqu'au terme, faute d'acheteur identifiable avant l'échéance. Derrière l'argument commercial se joue une affaire de plomberie financière : la sous-région sait émettre sa dette, elle sait mal la faire circuler.
Les chiffres cadrent le problème. À fin janvier 2026, l'encours des titres publics de la zone CEMAC atteignait 9 500 milliards de FCFA, en hausse de 26 % sur un an, d'après les données de la Banque des États de l'Afrique centrale relayées par L'Economie. Le marché primaire se porte bien : le taux de souscription moyen est passé de 60,28 % à 71,75 % en douze mois. Le compartiment secondaire, lui, est resté étroit. En janvier 2026, la pension livrée interbancaire pesait 826,9 milliards de FCFA. Les cessions fermes aux investisseurs non bancaires en totalisaient 287. Les banques s'échangeaient de la liquidité entre elles. Les porteurs finaux conservaient leurs titres jusqu'au terme. Une abondance illiquide, faute d'appariement automatique des ordres.

Ce décalage entre volume émis et fluidité d'échange prolonge un constat déjà posé par ECONUMA dans son analyse d'une Afrique tech qui a l'argent, pas les bons tuyaux : le capital est là, l'infrastructure de circulation manque. Access Invest s'attaque au second terme. L'enrôlement passe par un lien sécurisé hébergé sur les canaux digitaux de la banque, dont l'application AccessMore, et un investisseur sans compte préalable peut ouvrir un compte-titres puis exécuter ses opérations. La plateforme couvre les Bons du Trésor Assimilables, d'une maturité maximale de 52 semaines, et les Obligations du Trésor Assimilables, de deux ans et plus, émis par les six États de la zone.
L'ouverture déplace les arbitrages des institutionnels. Une banque de la sous-région porte une part lourde de papier souverain à son bilan : 31 % des actifs bancaires fin 2023, contre 10 % en 2015, selon Sikafinance. La pondération de ces titres varie selon l'émetteur : la lettre-circulaire de la BEAC du 18 octobre 2024 retenait 80 % pour le Congo, 85 % pour la Centrafrique et la Guinée équatoriale, 90 % pour le Cameroun et le Tchad, 100 % pour le Gabon, le Trésor camerounais obtenant ensuite la pondération nulle pour 2025. Or la COBAC a porté le capital minimum des banques de 10 à 25 milliards de FCFA au 1er janvier 2026, mise en conformité attendue au 31 décembre. Céder un titre avant terme devient un instrument de pilotage de bilan.
Les assureurs relèvent d'un autre corpus. La finance numérique sous-régionale avance sous contrainte réglementaire, comme le montrait déjà le dossier d'ECONUMA sur l'encadrement de la crypto monnaie au Cameroun. Le Code CIMA impose de représenter les engagements réglementés par des actifs équivalents, où les obligations et bons du Trésor des États membres entrent pour 15 % au minimum et 50 % au maximum. La localisation compte également, les placements demeurant sur le territoire de souscription, la part logée dans un autre État membre restant limitée à la moitié. La valorisation affichée en temps réel sert alors deux fins : justifier la couverture des engagements devant le contrôleur, mobiliser des liquidités quand la sinistralité l'exige.
La démonstration reste à faire. Un carnet d'ordres ne vit qu'à condition que des contreparties se présentent en permanence, à l'achat comme à la vente. Access Bank Cameroon indique acquérir des titres pour compte propre avant de les redistribuer de façon fractionnée, sans que la profondeur de ce marché interne soit chiffrée. Les rails régionaux restent en rodage : SYSTAC 2, entré en production le 3 août 2026, a perturbé les opérations bancaires selon EcoMatin, quand la maturité des paiements numériques camerounais progresse par ailleurs, comme le documente l'analyse d'ECONUMA sur l'e-commerce en 2026. Ni le barème de commissions, ni l'écart entre prix acheteur et prix vendeur, ni le délai de règlement-livraison ne sont indiqués dans la source.
Le pari d'Access Invest se jouera sur l'usage. Une plateforme ne crée pas la liquidité. Une plateforme la rend négociable. Les trésoriers d'entreprise, les caisses de prévoyance et les compagnies d'assurance de la sous-région décideront du reste : traiter le titre souverain comme un instrument de gestion courante, ou le laisser dormir jusqu'à l'échéance. Le Trésor camerounais prévoit de lever 1 165 milliards de FCFA en 2026, près de 30 % des intentions d'émission des six États, sur un objectif régional de 3 906,5 milliards. La profondeur du marché fera baisser le coût de cet argent ; un coût soutenable fera venir le marché.
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Auteur : Mathurin Essa • Date de production : 13 août 2026
