Pourquoi l’interconnectivité locale change la donne

Imaginez un réseau national unifié où entreprises et administrations communiquent sans passer par des infrastructures étrangères. C’est le défi posé par le président du REPTIC :  

« Actuellement, 98 % du trafic internet camerounais transite par l’étranger, selon les données du régulateur. Résultat ? Des coûts élevés, une sécurité fragile et des startups étouffées. »

Les opérateurs internationaux ne construiront pas notre économie à notre place
Dr.-Ing. Pierre-François KAMANOU

Un retard alarmant confirmé par les chiffres

Selon le récent rapport E-Participation Index 2022 des Nations Unies, le Cameroun demeure à la traîne :  

  • Classement Cameroun : 133e sur 193 pays  
  • Derrière : Sénégal, Côte d'Ivoire, Gabon, Congo  

Ce classement, indiquant l'usage par le public des services numériques administratifs, vient confirmer une tendance inquiétante déjà relevée en 2017 par la Banque Mondiale : l'administration camerounaise n'exploite pas suffisamment les plateformes accessibles, réduisant ainsi drastiquement l'efficience et augmentant les coûts d'accès au service public.

Les raisons majeures du retard numérique au Cameroun

L'atelier dirigé par le REPTIC sous la direction du Dr.-Ing. Pierre-François KAMANOU identifie des lacunes précises à combler urgemment :

  • Interconnectivité locale quasi inexistante, forçant administrations et entreprises à dépendre largement de connexions internationales chères et peu résilientes.
  • Manque d'une offre structurée en interconnexion locale balayant tous les canaux essentiels (Internet, Voix, SMS, USSD).
  • Absence criante d'opérateurs privés locaux capables d'offrir une téléphonie fixe virtuelle, engendrant l'obsolescence de la téléphonie fixe.
  • Difficultés structurelles empêchant le développement d'entreprises numériques indépendantes des grands opérateurs internationaux.

« Sans interconnectivité locale, pas de souveraineté numérique » 

Le Dr. Kamanou reste sévère :  

« On parle IA, blockchain… mais comment innover quand un SMS entre Douala et Yaoundé passe par Paris ? Les opérateurs internationaux ne construiront pas notre économie à notre place. »

Le test qui en dit long :  
Envoyez un mail à votre voisin. Surprise : il a fait le tour du monde via les serveurs de Google ou Microsoft avant d’arriver. Un non-sens économique et écologique.

Situation actuelle de l'interconnectivité numérique au Cameroun :

Point évoqué Situation actuelle Impact direct
Interconnectivité locale  Faible, reposant sur les câbles sous-marins internationaux Coûts élevés, faible résilience, retards fréquents
Téléphonie fixe virtuelle locale Inexistante Obsolescence progressive de la téléphonie fixe des administrations et entreprises
Plates-formes locales CPaaS (Communication unifiée) Absentes Vulnérabilité accrue à la cybercriminalité et perte de confiance numérique

 

Six recommandations pour une transformation numérique réussie

Face à cette réalité inquiétante, le REPTIC formule des solutions immédiates et pragmatiques :

  1. Renforcer la gouvernance réglementaire : mettre en place un cadre juridique clair et transparent encourageant la concurrence locale.
  2. Développer une offre locale forte d'interconnexion via CAMTEL : accès internet FTTH et numéros téléphoniques fixes virtuels.
  3. Opérationnaliser les deux points d'échange Internet locaux (IXP) déjà existants, permettant un acheminement local du trafic et réduisant drastiquement les coûts.
  4. Faciliter juridiquement l'accès des PME et start-ups à la commande publique : exonérations fiscales sur l'innovation, simplification administrative et conditions avantageuses de paiement.
  5. Appuyer directement les start-ups innovantes par des subventions et partenariats public-privé, rôle de moteur de la croissance technologique inclusive.
  6. Créer des zones franches numériques sur l'exemple ivoirien et rwandais, destinées au financement et au développement de projets numériques majeurs (Data Centers, Centres de R&D, usines locales d’équipements numériques).

Pourquoi ces recommandations peuvent changer la donne ?

Le Dr.-Ing. KAMANOU insiste :  

« L'interconnectivité locale dépasse une simple problématique technique. Elle représente un levier central pour un développement inclusif durable au Cameroun ». En accélérant cette interconnexion grâce aux recommandations formulées, le pays pourrait ainsi :

  • Diminuer fortement les coûts d'accès à Internet pour entreprises et administrations.
  • Moderniser les infrastructures numériques nationales durablement.
  • Consolider la sécurité numérique via les plateformes de communications unifiées.
  • Renforcer la compétitivité internationale des entreprises camerounaises dans le secteur numérique.
  • Encourager clairement l'innovation par l'entrée facilitée de nouveaux opérateurs et start-ups locaux.

Limites et questionnements

Si ces recommandations offrent clairement une feuille de route utile, elles supposent aussi une volonté politique forte, des investissements importants et un cadre réglementaire efficace dans leur mise en œuvre. Or, rien ne prouve actuellement que la coopération entre pouvoirs publics et secteur privé se fasse sans entrave ni bureaucratie excessive. De nombreux chantiers de transformation numérique annoncés autrefois par les gouvernements successifs du Cameroun restent, jusqu'à ce jour, lettres mortes.

Un effort collectif à mener sans attendre

La transformation numérique du Cameroun patine encore en 2025, malgré l'urgence évidente d'agir. L'atelier drivé par le REPTIC nous livre une analyse rigoureuse et des solutions pertinentes. Le défi repose désormais sur une mise en œuvre cohérente et rapide par tous les partenaires engagés (administrations, entreprises, régulateurs, secteur privé). Il appartient aux acteurs concernés, vous inclu, de saisir cette opportunité pour enfin concrétiser la transformation numérique dont dépend l'avenir économique et social du Cameroun.

Pour cela, n'hésitez pas à rejoindre les professionnels du secteur TIC, impliquez-vous directement via le site officiel du REPTIC : reptic.cm.

La balle est désormais dans votre camp.


Cet article s'appuie sur la communication du Dr.-Ing. Pierre-François KAMANOU, Président du REPTIC, lors des Rencontres Économiques du Cameroun (REC2025) tenues le 27 février 2025 à Yaoundé.