Voici les cinq principes qu'il recommande de maîtriser avant d'envisager un tour de table :
1. Maitrisez vos fondamentaux business.
Avant de pitcher des investisseurs, démontrez l'existence d'un marché et d'un début de rentabilité. Un business model validé par des clients payants est plus convaincant qu'une simple présentation. Sans traction, la levée de fonds devient un mirage qui risque de faire imploser la startup par une croissance prématurée des dépenses.
2. Entourez-vous d'entrepreneurs qui challengent vos idées.
Timani dénonce la culture de l'isolement, encore trop présente au Cameroun. Il recommande aux entrepreneurs de présenter sans filtre leurs chiffres et leurs stratégies à un cercle restreint d'homologues. Un regard externe et critique permet de fortifier une stratégie et d’éviter les illusions d'une croissance facile. Cet exercice de transparence prévient les angles morts.
3. Qualifier rigoureusement les investisseurs.
Solliciter un financement requiert une due diligence préalable. Chaque fonds de capital-risque (VC) a une thèse d'investissement précise : secteur d'activité (fintech, agritech, etc.), stade de maturité (pre-seed, seed, série A), et tickets d'entrée. Contacter un fonds dont le portefeuille ne correspond pas à son projet est une perte de temps et de crédibilité.
4. Capitalisez sur la formation continue.
Les plateformes comme le DIF4, les incubateurs et les programmes de mentorat sont des outils pour structurer son modèle économique et affiner son discours. Ignorer ces ressources revient à naviguer sans instruments. Elles permettent de réduire les erreurs stratégiques et de se confronter aux standards attendus par les investisseurs.
5. Dialogue régulier avec les pouvoirs publics.
Pour une startup, interagir avec les ministères et les agences de régulation n'est pas une option. Un dialogue proactif permet de fiabiliser le projet sur le plan réglementaire et d'accéder à des dispositifs fiscaux ou administratifs. Ce plaidoyer doit s’appuyer sur des données tangibles : emplois créés, solutions apportées à des problèmes locaux, impact économique.
Profil : Patrick Timani
Cofondateur et PDG de Bee Group, Patrick Timani a lancé en 2018 une plateforme visant à structurer le secteur du taxi-moto en Afrique francophone. L'entreprise digitalise les services de transport, livraison, financement et assurance, générant des emplois au Cameroun et en République démocratique du Congo. En 2022, Bee a été lauréate du Google for Startups Black Founders Fund, obtenant un financement de 300 000 $. En 2025, Timani a lancé un projet de motos électriques, soutenu par un investissement d’un million de dollars, afin de réduire l’empreinte carbone et les coûts opérationnels, tout en favorisant une mobilité urbaine durable et inclusive.
Remise en question des pratiques locales
Mythe : « Lever des fonds valide la pertinence d’une startup ».
Réalité : Sans modèle validé commercialement, la levée accélère l’échec.
Marché camerounais : Taille limitée, orientation B2B/B2C complexe, régulation mouvante. Absence de vision réaliste = levée inutile et dilution prématurée.
L'approche de Timani est un rappel au réalisme. Dans un marché camerounais où plusieurs startups ont récemment échoué faute d'un modèle économique solide, la discipline opérationnelle doit primer sur la vanité des tours de table. La question fondamentale pour tout entrepreneur devient alors : mon produit génère-t-il déjà des revenus ? Le modèle est-il éprouvé ? Le financement externe ne doit intervenir qu'en tant qu'amplificateur d'une réussite existante, et non pour masquer des faiblesses structurelles.
