Le 3 juillet 2026, le Général Brice Clotaire Oligui Nguema a inauguré, dans la Zone d'Investissement Spéciale (ZIS) de Nkok, le premier data center souverain du Gabon. Derrière la cérémonie officielle se joue une bascule structurelle : la fin d'une anomalie qui voyait 95 % des données produites sur le territoire national hébergées à l'étranger. Administration publique, banques, opérateurs télécoms confiaient jusqu'ici la mémoire du pays à des serveurs situés hors de ses frontières, exposés à des cadres juridiques étrangers et facturés en devises fortes. Le complexe porté par ST Digital referme cette parenthèse.
L'infrastructure, certifiée Tier III selon les standards de l'Uptime Institute, garantit une disponibilité de 99,982 %, soit moins d'une heure et demie d'interruption annuelle théorique. Sur plus de 3 000 mètres carrés, trois groupes électrogènes et une réserve de 400 batteries à cycle profond sécurisent l'alimentation face aux délestages récurrents de la SEEG, dont le déficit dépasse 220 MW pour le Grand Libreville. Un basculement en quelques millisecondes protège la donnée de toute corruption en cas de coupure du réseau public, tandis qu'un système d'extinction automatique détecte et stoppe un départ de feu en moins de 30 secondes.
L'investissement s'élève à 8 milliards de francs CFA (environ 12,2 millions d'euros), financé par des capitaux exclusivement africains. Une première phase opérationnelle représente déjà plus d'un milliard de francs CFA. Ce choix de financement local répond à une préoccupation macroéconomique précise : chaque année, l'hébergement à l'étranger provoquait une sortie de devises que la relocalisation des données vient désormais capter au niveau national, au bénéfice du PIB des services. Le ministre de l'Industrie, Me Lubin Ntoutoume, y voit une transformation de l'offre de la ZIS de Nkok, capable désormais d'attirer des entreprises tournées vers l'industrie 4.0 et l'intelligence artificielle, sans que les PME locales n'aient à « louer leur avenir numérique » à l'étranger.
L'équipe technique chargée de l'exploitation du site est constituée à 100 % de professionnels gabonais, une garantie formulée par la direction de ST Digital et rare parmi les opérateurs internationaux du secteur, qui déploient habituellement leurs propres expatriés. Le groupe a par ailleurs annoncé son intention de former 1 000 jeunes aux métiers du cloud, de la cybersécurité et de la data science, pour combler le déficit d'ingénieurs spécialisés que connaît l'Afrique centrale.
À la tête de ST Digital Gabon, Laïka Mba, ancienne responsable des systèmes d'information du FGIS et de l'ANGTI, a résumé la philosophie du projet lors de son allocution : « La souveraineté numérique n'est plus une option. C'est une nécessité vitale. » Le fondateur du groupe, Anthony Same, défend depuis 2017 un modèle de « Cloud 100 % africain », déjà déployé au Cameroun, en Côte d'Ivoire, au Togo, en RDC, au Bénin et au Congo. La CNUCED a classé ST Digital parmi les investisseurs numériques les plus dynamiques du continent sur la période 2020-2024.
Le contexte concurrentiel éclaire la portée du geste présidentiel. En juin 2025, l'État avait déjà validé un projet distinct avec le groupe américain Cybastion, associé à la société ivoirienne Porteo, incluant des réflexions sur des centrales thermiques à gaz pour répondre au déficit énergétique de Libreville. En choisissant de mettre en avant l'infrastructure de ST Digital lors de cette cérémonie, les autorités gabonaises privilégient un signal d'appropriation locale, sans fermer la porte aux partenariats internationaux.
Une convention de partenariat a été signée entre ST Digital et le ministère de l'Économie Numérique à l'issue de l'inauguration, posant les bases d'une collaboration structurée autour de projets comme MADIGIPAIE ou le Registre Social Unifié de la CNAMGS. Relié aux câbles sous-marins internationaux et connecté aux autres sites du groupe à Douala, Brazzaville et Grand-Bassam, le data center de Nkok positionne désormais le Gabon comme un point d'ancrage possible pour les solutions de continuité d'activité des banques et multinationales opérant en zone CEMAC. Le pays qui hébergeait hier ses données ailleurs se propose aujourd'hui d'héberger celles de ses voisins.
