En août 2025, ECONUMA posait trois hypothèses pour l'écosystème technologique national : le sursaut, la stagnation, le décrochage. Douze mois plus tard, les faits ont choisi. Une stratégie nationale d'intelligence artificielle a été lancée à Yaoundé, un entrant a fait reculer les tarifs du mobile money en trois semaines, et l'électricité a changé de propriétaire sans que les coupures cessent pour autant. Le Startup Act attend toujours, quand la loi sénégalaise équivalente date de décembre 2019. Les startups camerounaises, elles, ont levé 14 millions de dollars en 2024, à travers trois opérations. Le chiffre tient dans une phrase. Le chiffre résume une année.

Ce montant se manie avec sa chaîne d'attribution complète : Forbes Afrique le publie et l'attribue à Partech. La version publique du rapport Partech ne le détaille pas, puisque l'identité des entreprises concernées et la nature exacte des financements comptabilisés ne sont pas indiquées dans la source. Les tableaux pays des deux références du secteur, Partech et Africa: The Big Deal, ne comportent aucune ligne Cameroun, ce qui limite la portée de toute comparaison bâtie sur ce seul chiffre.

L'ordre de grandeur, lui, parle sans ambiguïté : sur le périmètre equity du rapport Partech 2024, le Nigeria pèse 520 millions de dollars, le Kenya 221, le Ghana 102, la Tanzanie 52. Rapporté à 30 millions d'habitants, le Cameroun tombe à 0,47 dollar par tête, contre 3,95 pour le Kenya. Un facteur 8, non un facteur 24 comme le suggérait le premier état des lieux publié par ECONUMA sur la tech camerounaise en 2025, dont les comparaisons juxtaposaient des périmètres incompatibles.

Financement equity des startups africaines en 2024, en millions de dollars, et montant rapporté à la population. Le Cameroun se classe derrière la Tanzanie, dernier pays du tableau publié. Sources : Partech, rapport 2024, périmètre equity ; estimation camerounaise relayée par Forbes Afrique et attribuée à Partech, trois opérations ; populations Banque mondiale. Ratios par habitant calculés par ECONUMA.

La connectivité réserve une surprise à qui cherche une explication technique. Au 1er janvier 2025, 41,9 % des Camerounais utilisaient Internet selon DataReportal, contre 34,2 % des Rwandais mesurés par la même méthode. Le pays devance donc de près de huit points le modèle régional du volontarisme numérique, sans en tirer le moindre capital. L'explication se situe ailleurs que dans les tuyaux. Starlink attend depuis avril 2024, soit vingt-huit mois d'interdiction d'importation justifiée par la sécurité nationale. Le Startup Act attend depuis 2021, date d'ouverture des travaux ministériels. L'Agence de régulation des télécommunications a finalisé son projet de convention de concession en décembre 2025, puis l'a transmis à la tutelle, sans signature à ce jour, une temporisation analysée dans le dossier d'ECONUMA sur Starlink et le basculement vers l'architecture hybride. L'État a repris ENEO à Actis en novembre 2025 : le propriétaire a changé, le délestage non.

Un contre-exemple existe pourtant, et il tient en trois semaines. Wave est entré sur le marché camerounais le 11 juin 2025, après agrément de la Commission bancaire de l'Afrique centrale et par un partenariat avec Commercial Bank Cameroon. Orange a annoncé le 2 juillet, MTN le 10 juillet, un retrait ramené à 1 % au-delà de 5 000 francs CFA depuis leurs applications respectives. Le duopole n'avait pas produit cette baisse. Un agrément a suffi.

La Stratégie Nationale d'Intelligence Artificielle, lancée le 7 juillet 2025 par le ministère des Postes et Télécommunications, vise 60 000 spécialistes formés d'ici 2040, dont 40 % de femmes, et 12 000 emplois directs. Quatre mille diplômés par an supposent des laboratoires équipés et des enseignants payés, condition que les concours nationaux ne remplacent pas, comme le montre l'édition 2025 du CAIA détaillée par ECONUMA. Le vivier existe : Prime Energy a figuré parmi les 45 finalistes des Africa Tech Awards 2025, retenue sur 492 candidatures, quand Waspito avait remporté l'édition 2023. Deux distinctions continentales en trois ans mesurent la qualité des projets camerounais. Elles ne mesurent pas la capacité du pays à les retenir.

Le continent a levé 4,1 milliards de dollars en 2025, en hausse de 25 % selon Partech, et les marchés francophones ont capté 68 % de l'equity levée hors des quatre premiers pays du classement. Le cycle porte, et il bénéficie d'abord à la catégorie de marchés dans laquelle le Cameroun se range. Douala et Yaoundé n'en perçoivent rien. Trois indicateurs diront en 2027 quelle hypothèse aura tenu : la signature de la convention Starlink, le dépôt d'un projet de Startup Act devant le Parlement, l'apparition d'une ligne camerounaise dans un classement continental. Aucun de ces trois gestes ne réclame un milliard. Tous réclament une décision.