La réforme de l'état civil au Cameroun, amorcée par la loi du 23 décembre 2024, prend un tournant stratégique avec le partenariat entre le BUNEC et Liber Technologies. Cette collaboration peut-elle garantir la fiabilité et la souveraineté numérique du système d’état civil, tout en servant de modèle pour l'Afrique ?Les enjeux structurels et les défis nationaux sont considérables.
Le tournant digital de l’état civil camerounais
Le Cameroun se lance dans un projet ambitieux de modernisation de son état civil, avec l'adoption de la loi du 23 décembre 2024 comme point de départ. Le partenariat signé le 21 octobre 2025 entre le Bureau National de l'État Civil (BUNEC) et Liber Technologies représente une étape déterminante dans cette transformation. Ce projet vise à intégrer des solutions numériques innovantes pour optimiser l'enregistrement des faits d’état civil. Mais la question se pose : ce partenariat peut-il réellement renforcer la fiabilité et la souveraineté numérique du système d’état civil camerounais ?
Un enjeu structurel pour la gouvernance publique
Le BUNEC joue un rôle central dans la rationalisation du système d'enregistrement des actes civils. Historiquement, le pays a souffert d'une dispersion des centres d'enregistrement, d'infrastructures faibles et de problèmes d'interopérabilité qui ont entravé la collecte de données essentielles. Dans un pays où la planification publique (santé, éducation, fiscalité) dépend de données précises, moderniser le système d'état civil devient une nécessité impérieuse. Le défi réside toutefois dans la création d'un système intégrant toutes ces dimensions, afin que les données d'état civil soient immédiatement accessibles et fiables.
Liber Technologies : partenaire technique ou levier de souveraineté ?
Liber Technologies, société luxembourgeoise experte en digitalisation des services publics, a déjà établi des partenariats fructueux en Afrique de l'Ouest et en Europe. Les apports techniques qu’elle propose, tels que l’intégration des registres, des solutions de cybersécurité et l'interopérabilité, sont cruciaux pour le Cameroun. Néanmoins, une question demeure : comment éviter une dépendance technologique vis-à-vis d’un acteur étranger, tout en assurant une maîtrise locale de ce système essentiel ?
Les défis nationaux à relever
La digitalisation du système d'état civil ne sera pas sans défis. Le financement durable de la transformation représente un premier obstacle. Le Cameroun doit également s'assurer que le personnel soit formé, et que les collectivités locales soient incluses dans la transition numérique. Sur le plan de la gouvernance des données, des règles strictes concernant la protection des informations personnelles doivent être établies, en conformité avec le RGPD local. En outre, une coordination entre les ministères est primordiale, notamment concernant le rôle du Cloud souverain camerounais.
Perspectives et conditions de succès
Le Cameroun a l'opportunité de se positionner comme un hub d'expertise en e-gouvernance dans la région. Pour y parvenir, quelques recommandations s'imposent : une gouvernance partagée, l’ouverture des API publiques, le transfert de compétences et la mutualisation régionale des ressources. Un appel à l'évaluation indépendante du projet s'avère également nécessaire, afin d'établir des indicateurs de performance publique clairs.
La transformation du BUNEC, entre modernisation et souveraineté, pourrait devenir un cas d’école africain. La réussite repose moins sur la technologie que sur la continuité institutionnelle et la gestion du changement. Le Cameroun doit naviguer prudemment afin que cet engagement numérique se traduise par une réelle amélioration des services publics, garantissant ainsi un enregistrement universel, sécurisé et durable des faits de vie des citoyens.
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