Dès ce 3 juillet 2026, chaque taxi jaune de Yaoundé doit s'inscrire sur la plateforme Taxi-Yaoundé.com. À la clé : un QR code personnel et un numéro de portière inédit. L'arrêté est signé le 25 juin par le maire Luc Messi Atangana, avec l'appui technique de la coopération allemande GIZ. Le délai est net : jusqu'au 5 octobre, faute de quoi le véhicule finit en fourrière. Cette digitalisation forcée du transport artisanal survient alors que Yango et Gozem captent depuis plusieurs années la clientèle urbaine avec des courses géolocalisées, climatisées et sans négociation. La question dépasse la technique : un identifiant numérique suffit-il à restaurer la compétitivité d'un secteur resté largement informel ?
L'arrêté municipal ne se limite pas à un recensement statistique. Pour valider leur inscription, propriétaires et conducteurs doivent produire un dossier complet : carte grise, licence de transport de première catégorie, carte de transport public, certificat de visite technique à jour, assurance de quatrième catégorie A et justificatif de l'Impôt Général Synthétique. Cette exigence documentaire prolonge une dynamique amorcée au niveau national. Le décret présidentiel du 10 octobre 2022 rend le port du badge sécurisé obligatoire pour tout conducteur depuis le 2 juin 2025. Taximen, motos-taxis et désormais taxis jaunes rejoignent la longue liste des métiers artisanaux camerounais sommés de sortir de l'ombre administrative, une trajectoire déjà documentée pour d'autres corps de métier dans la campagne d'enregistrement des artisans pilotée par le MINPMEESA.
Côté VTC, la riposte fiscale suit une autre voie. La Loi de Finances 2026 instaure un prélèvement simplifié de 20 % assis sur la commission perçue par Yango ou Gozem, et non sur l'intégralité de la course. Le taux effectif retombe ainsi à environ 1 % du revenu brut du chauffeur. Sur une course facturée 2 000 FCFA, la commission absorbe 440 FCFA, la taxe DGI 20 FCFA, la nouvelle visite technique obligatoire 25 FCFA, carburant et entretien près de 800 FCFA : il reste 715 FCFA de gain net. Ce calcul, minime en apparence, s'additionne à une inflation du carburant de plus de 40 % depuis 2022. Résultat : le gain des conducteurs recule de 15 % à 20 %, quand le tarif payé par l'usager grimpe de 15 % à 25 %. Cette logique de rattrapage s'inscrit dans un mouvement plus large de la fiscalité numérique camerounaise pour 2026, qui cible aussi bien les intermédiaires de mobilité que les géants du web.

La comparaison des deux fragilités révèle un déséquilibre persistant. Environ 74 % des conducteurs de taxis jaunes ne possèdent pas leur véhicule. Ils versent une redevance quotidienne fixe à un propriétaire, souvent détenteur de deux à quatre voitures. Les contrats restent verbaux. À peine 3 % respectent la durée légale de huit heures, et plus de 95 % des chauffeurs n'ont aucune couverture de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale.
Face à cette précarité structurelle, la puissance financière des super-apps tranche. Gozem a bouclé en juillet 2025 une levée de fonds en série B de 30 millions de dollars. Elle négociait en avril 2026 un appui complémentaire d'environ 13,8 milliards FCFA auprès de la Société Financière Internationale. Les applications locales comme Klandoo, Ongo ou ZGO, conçues pour connecter les taxis jaunes existants à une clientèle mobile, restent sous-capitalisées. Elles peinent à atteindre la masse critique de conducteurs actifs nécessaire à un service fluide. Cette asymétrie prolonge un phénomène déjà observé dans la maturation fiscale de l'économie numérique camerounaise en 2026, où les acteurs locaux supportent des charges d'implantation que les plateformes étrangères ont longtemps évitées.
D'autres contradictions traversent la régulation. Les enquêtes de genre menées pour le Plan de Mobilité Urbaine Soutenable n'ont identifié qu'une seule conductrice active sur Yango à Yaoundé. La promesse d'ouverture des VTC n'a pas modifié la domination masculine du secteur. Le 15 mai 2026, le ministre des Transports a de nouveau sanctionné Yango pour promotion de transport clandestin. L'écosystème numérique génère pourtant des dizaines de milliers d'emplois directs, et une pression fiscale ou policière excessive pourrait pousser 25 % à 30 % des chauffeurs occasionnels vers l'économie parallèle.
L'identification numérique rapproche l'expérience du taxi jaune des standards attendus par une clientèle habituée aux VTC, mais elle ne corrige ni la vétusté du parc automobile, ni l'absence de crédit bancaire pour les propriétaires, ni la précarité sociale des conducteurs. Sans programme de renouvellement de flotte, sans couverture santé accessible aux indépendants du transport, la formalisation technique risque de rester une façade administrative, pendant que la compétition réelle continue de se jouer sur le terrain du financement et de la fidélisation client.
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