Rue Dubois Saligny, à Akwa, l'atelier de Malambi ne ressemble à aucun hall d'exposition automobile. Techniciens certifiés et boîtiers électroniques cohabitent dans un espace pensé pour la réactivité. Fondée en 2021 à Douala, l'entreprise a construit son offre de GPS flotte Douala sur un constat simple : les solutions de géolocalisation importées ignorent les réalités routières camerounaises. Boissons du Cameroun, Cami Motors, Africa Global Logistics, Biopharma, Cimencam et Afriland First Bank confient depuis la surveillance de leurs actifs roulants à cette plateforme technologique locale, preuve qu'une alternative à l'importation systématique trouve son marché.

La singularité de Malambi tient à l'intégration verticale. Plutôt que d'acheter des boîtiers génériques, l'entreprise conçoit sa propre gamme Compagnon. Le modèle HW embarque un processeur ESP32 double cœur, un système FreeRTOS capable de gérer 28 tâches simultanées et une lecture directe du bus OBD-II/CAN, autorisant l'arrêt moteur à distance en cas de vol. Le modèle Mini cible les deux-roues et motos-taxis, avec un boîtier étanche et une consommation électrique minimale pour préserver la batterie. Le modèle PRO SoC, encore en version bêta, embarque un processeur Rockchip doté d'un coprocesseur neuronal capable d'exécuter des modèles de vision par ordinateur en périphérie du réseau, sans faire transiter le flux vidéo en continu sur les données mobiles. Détection de collision frontale, franchissement de ligne, surveillance de la vigilance du conducteur par infrarouge : ces fonctions ADAS et DMS s'exécutent localement, en moins de 100 millisecondes.

Sur le segment grand public, Malambi Taximan affronte directement Yango et Gozem. Face à des commissions comprises entre 18 % et 25 % chez les deux concurrents, Malambi affiche un taux fixe de 15 %, garanti quelle que soit la zone. L'intégration native de MTN MoMo et Orange Money élimine les frictions de paiement pour des chauffeurs souvent dépourvus de compte bancaire, un terrain déjà balisé par la montée en puissance du mobile money comme infrastructure financière du pays. Chaque moto-taxi partenaire embarque d'office un tracker Compagnon Mini, une réponse directe aux vols de véhicules et aux trajets falsifiés par géolocalisation truquée sur smartphone, deux fléaux documentés à Douala comme à Yaoundé. Cette application taxi locale Cameroun mise sur la proximité : siège social à Douala, support technique disponible en continu en français et en anglais, quand Yango opère depuis Amsterdam et Moscou, et Gozem depuis Lomé et Singapour.

L'hébergement des données constitue l'autre ligne de fracture. Malambi héberge ses bases en zone CEMAC, à rebours de Geotab et Wialon, qui traitent les données de transport sur des serveurs européens ou américains. Cette architecture locale s'accompagne d'une facturation en francs CFA, une manière d'écarter les transporteurs sous-régionaux des fluctuations du dollar et de l'euro. L'abonnement démarre à 8 500 FCFA par mois par véhicule pour le suivi standard, contre 18 500 FCFA pour l'accès aux flux vidéo de la caméra intelligente Compagnon PRO SoC. Cette exigence de traçabilité locale rejoint celle du dispositif Transdocs, déployé pour authentifier les cartes grises et lutter contre les faux titres de transport, signe qu'une même logique de souveraineté technique irrigue plateformes privées et administrations.

Malambi revendique une couverture active dans les six pays de la CEMAC, du port de Douala jusqu'aux corridors d'Afrique centrale, une donnée que l'entreprise devra étayer par des éléments vérifiables indépendants. Cette ambition régionale a trouvé une scène institutionnelle lors du premier Forum National sur la Sécurité Routière, organisé fin avril 2026 au Palais des Sports de Yaoundé sous la tutelle du ministre des Transports Jean Ernest Masséna Ngallè Bibehe. Les chiffres présentés donnent la mesure de l'enjeu : 165 décès directs par an liés aux accidents de la route, et 800 milliards de FCFA de pertes économiques annuelles pour l'État. Le partenariat entre MTN Cameroon et Camtrack a capté l'essentiel de l'attention médiatique, mais Malambi a profité de l'événement pour démontrer, avec cinq véhicules de sa propre flotte, la maturité de sa plateforme FleetMan.

Le marché camerounais de la mobilité urbaine cherche encore son équilibre entre plateformes internationales et solutions locales intégrées. Malambi défend un modèle où le matériel conditionne le logiciel, et où la souveraineté des données pèse autant que la commission prélevée. Les chiffres de couverture régionale, avancés par l'entreprise elle-même, mériteraient une confirmation indépendante à mesure que l'expansion CEMAC se précise, un point que la rédaction vérifiera avant publication. Reste une question ouverte pour les décideurs réunis à Yaoundé : un marché de la sécurité routière dominé par deux ou trois acteurs suffira-t-il face à l'ampleur du bilan routier camerounais, ou la diversité technologique portée par des structures comme Malambi s'impose-t-elle comme condition de résilience ? Pour les PME camerounaises qui hésitent encore sur leur trajectoire numérique, le dossier go-digital d'ECONUMA détaille les étapes concrètes de cette montée en compétences.