Depuis le 30 avril 2023, aucun détenteur de passeport ordinaire n'obtient plus son visa touristique aux guichets des ambassades du Cameroun. Le décret présidentiel n° 2023/147 du 2 mars 2023 a basculé toute la procédure préliminaire sur la plateforme evisacam.cm, exploitée par le ministère des Relations extérieures (MINREX) en partenariat avec l'opérateur Impact Palmarès R&D SAS. Trois ans après ce virage, célébré le 30 avril 2026, le bilan de l'e-visa camerounais appelle un examen lucide : plus de 541 000 visiteurs enregistrés, 50 milliards de FCFA de recettes cumulées, mais des files d'attente persistantes aux aéroports de Douala et de Yaoundé-Nsimalen.
La dématérialisation a d'abord levé les contraintes logistiques qui pesaient sur les demandeurs, autrefois obligés de se rendre en chancellerie ou d'expédier leur passeport par voie postale. Le formulaire d'état civil, le téléversement des pièces justificatives (passeport valide six mois, billet aller-retour, preuve d'hébergement, carnet de vaccination contre la fièvre jaune, justificatifs de ressources) et le règlement par carte bancaire s'effectuent désormais depuis un smartphone connecté. Le suivi du dossier se consulte en temps réel dans un espace utilisateur dédié. La réponse tombe sous 72 heures en procédure normale, sous 24 heures en formule expresse, matérialisée par une autorisation munie d'un code QR qui conditionne l'embarquement. La démarche complète est détaillée dans le guide pratique de la demande de visa en ligne publié par ECONUMA.
L'appellation trompe pourtant à moitié. L'autorisation générée en ligne ne vaut pas visa. À l'atterrissage, chaque voyageur passe obligatoirement par les guichets de la police des frontières pour l'enrôlement biométrique : prise d'empreintes digitales, capture d'un portrait numérique, puis apposition d'une vignette physique dans le passeport. Quand plusieurs vols long-courriers atterrissent en même temps, les postes d'enrôlement saturent et l'expérience d'accueil se dégrade dès la descente d'avion. Certains voyageurs paient même des agences agréées pour obtenir la vignette en amont auprès des représentations diplomatiques, preuve que la fluidité promise reste inachevée.
Le module de paiement a longtemps constitué le maillon faible du dispositif. Dès mai 2023, des rejets de transactions valides et des débits bancaires multiples, atteignant parfois plusieurs milliers d'euros pour un seul dossier, ont contraint des demandeurs à annuler des vols ou à payer des pénalités de report. La riposte institutionnelle s'est concentrée fin 2025 : lancement du portail de réclamations claim.evisacam.cm le 17 décembre 2025, avenant portant le partenariat public-privé avec Impact Palmarès à quinze ans, et construction du Centre de Transformation Digitale du MINREX, une infrastructure souveraine de 6 000 m² destinée à sécuriser les données consulaires. Cette quête de fiabilité rejoint le mouvement de fond de la digitalisation des administrations camerounaises déjà documenté sur ECONUMA.
L'enjeu de fond demeure économique. Avant la crise sanitaire, le tourisme pesait 3,32 % du PIB camerounais ; en 2021, sa contribution directe est retombée autour de 1 %. Le Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC) estime la contribution totale du secteur à 6,9 % du PIB en 2024, quand la Banque mondiale évalue les recettes directes captées aux frontières à 1,1 % environ en 2023 et que le Forum économique mondial classe le pays 117e sur 119 économies dans son indice de développement du voyage et du tourisme. Pendant ce temps, l'e-visa engrange : 29 milliards de FCFA sur les 18 premiers mois, 46 milliards sur les neuf premiers mois de 2025, 50 milliards en cumul à fin septembre 2025. L'État réinvestit une partie de cette manne à travers un plan de relance 2026 doté de 10,391 milliards de FCFA, piloté par le ministère du Tourisme et des Loisirs. La défiance persistante des voyageurs locaux envers les plateformes de réservation en ligne, analysée par ECONUMA, rappelle toutefois que la confiance numérique se gagne sur la durée.
À l'échelle de l'Afrique centrale, le Cameroun fait figure de précurseur : 46 postes consulaires interconnectés, deux aéroports équipés, quand le Gabon conserve une procédure en ligne jugée instable par les opérateurs et que le Tchad vient à peine de lancer sa propre plateforme. La digitalisation a simplifié la demande, pas encore l'arrivée. Fiabiliser définitivement le paiement par carte, indemniser les victimes de débits multiples et renforcer les capacités biométriques de Douala et de Yaoundé-Nsimalen conditionnent la prochaine étape. Le voyageur remplit son dossier en ligne ; le pays doit maintenant remplir sa promesse d'accueil. Combien de temps faudra-t-il pour que la vignette physique rejoigne, elle aussi, l'écran ?
