Depuis quelques années, l’entreprenariat connaît un réel dynamisme au Cameroun. De nombreux compatriotes sont de plus en plus portés vers la création des unités de richesse. Cette forte propension aux initiatives privées s’illustre surtout par un boom des Petites et moyennes entreprises (PME) qui constituent désormais un maillon essentiel du tissu économique national. D’après des chiffres relayés par le ministère des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie Sociale et de l’Artisanat, 14 229 PME ont été créées en 2019. Ces données qui sont en nette hausse par rapport à 2018 où on n’en comptait que 806, propulsent le Cameroun au 92e  rang mondial, en matière de création d’entreprises. À titre d’illustration, Un article paru chez nos confrères d’Ecomatin en septembre dernier, indique même que : 

«Selon les résultats du deuxième Recensement général des Entreprises réalisé par l’institut national de la statistique, les PME représentent plus de 99% des entreprises au Cameroun. Avec une contribution de 34% au chiffre d’affaires total des entreprises, elles emploient plus de 7 travailleurs sur 10, soit 72,26% des emplois permanents. D’après l’INS, l’une des caractéristiques des PME au Cameroun est qu’elles sont pour la plupart implantées dans les zones où vivent les populations pauvres qu’elles emploient»

Le problème du financement

Fort encourageant dira certainement le profane qui jetterait un regard simpliste sur cette dynamique évolutive. Mais pour l’expert avisé qui côtoie régulièrement les milieux d’affaires, tout est loin d’être aussi rose. Car bien qu’elle soit aguichante, la multiplication des entreprises n’est qu’un insignifiant rayon de soleil qui vient furtivement éclairer un secteur empêtré dans la brume au Cameroun. Car hélas, le nombre ne garantit pas toujours la qualité et surtout pas  la survie. À en croire l’Institut national de la Statistique, «72% des entreprises créées entre 2010 et 2015 ont disparu des radars et  sont inexistantes dans le fichier de la direction générale des Impôts».

 Le service officiel des statistiques du pays, souligne en sus que cette durée de vie courte est en grande partie due à la baisse des crédits octroyés par les banques. Ce qui, à en croire une étude menée en 2012 auprès de 100 entreprises camerounaises  par Dagobert Ngogang, enseignant-chercheur à l’Université de Ngaoundéré, compliquerait leur émergence et leur développement ultérieur. Ceci encore plus que les établissements bancaires constituent la première source de financement vers laquelle se tourne tout jeune entrepreneur.  Cette situation pousse très souvent les responsables de ces jeunes entreprises à l’autofinancement et quelquefois au recours aux associations informelles d’épargne et de crédit. La même étude indique par ailleurs que plusieurs facteurs expliquent la frilosité des banques envers les porteurs de projet. Toutefois, les plus proéminents semblent être la forme juridique, la taille, le secteur d’activité, l’âge et les performances commerciales. En clair, tout emprunt éventuel est passé au scanner en fonction de ces différents critères. Malheureusement, les résultats sont la plupart du temps loin d’être en faveur des PME.

 Selon les données publiées par la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC), les crédits à l’économie ont de manière générale connue une baisse en 2019 au Cameroun. Cette baisse est davantage marquée pour les PME. En effet, dans ses rapports sur l’évolution des taux débiteurs pratiqués par les établissements de crédits dans la CEMAC au 1er et au 2e semestre 2019, la Beac indique que l’offre de crédit au cours de la période sous-revue s’est établi à 4642,8 milliards de FCFA. Seulement 13,70% (soit 635,73 milliards de FCFA) ont été capté par les PME, et plus de 70% pour les grandes entreprises. Ce montant est en baisse de 32,5% par rapport à 2018 où les crédits aux PME se situaient autour de 944 milliards de FCFA.

 Selon AETIC une plateforme d’appui à l’entreprenariat, cette frilosité des banques en matière d’octroi des crédits est imputable à trois principaux obstacles: 

Un accès limité pour les banques à l’information comptable relative à l’activité et au patrimoine de leurs clients
Des marchés locaux trop étroits et trop instables pour drainer une épargne suffisante au sein des banques, sur du long terme
Des faiblesses en matière de gouvernance et de gestions des risques au sein de ces institutions. 
C’est faute de ce schéma classique de financement (banque) qui est pourtant le plus indiqué, qu’au Cameroun, pour financer leurs projets, les entrepreneurs ont recours à des mécanismes de financement innovateurs tels que Business Angel, Love Money, Crowdfunding, Timefunding, Family Office, Venture Capital, Private Equity etc.